Les prisonniers politiques en Colombie

Au cours des soixante dernières années, la Colombie a toujours été gouvernée sous mesures d’exception enfreignant les droits consacrés par la Constitution : état d’exception, état de siège, statuts dits de sécurité ou de sécurité démocratique, toutes ces formulations juridiques ont renforcé la répression de l’état contre la population.

Au cours des soixante dernières années, les années où la Colombie a connu des périodes de normalité, tant sur le plan juridique que du point de vue du respect des droits constitutionnels, peuvent se compter sur les doigts de la main.

Cela fait plus de 40 ans que la défense colombienne se concentre sur la lutte contre les insurgés armés.

Lorsque la Colombie était sous le couvert d’Etat d’exception, statut qui avait été élaboré sur base de la théorie de la « sécurité nationale » et de l’ennemi interne, et dans le cadre d’une guerre de basse intensité menée par les Etats-Unis dans leur recherche de l’hégémonie mondiale, la législation du milieu carcéral a été profondément modifiée, ainsi que le Code Pénal et la politique de répression de mouvements populaires et sociaux :  on a mis en place un système qui pénalise et qui juge toute protestation politique, sociale ou revendicatrice et qui règle par l’intervention militaire toute manifestation ou rassemblement du peuple colombien.

En Colombie, on estime à environ 7.000 le nombre de personnes détenues en prison pour des raisons politiques ou sociales.

Le Gouvernement colombien ne veut pas leur reconnaître le statut de prisonnier politique parce qu’il nie l’existence d’un conflit armé.

Jusqu’au 11 septembre 2001 et aux attentats aux Tours Jumelles de New-York, les prisonniers politiques étaient accusés d’insubordination civile.

Depuis, les choses ont changé et les prisonniers politiques, en plus d’être jugés pour insubordination politique, seront dorénavant, d’après le Code Pénal, également accusés de terrorisme, ce qui complique la situation des détenus, qui se retrouvent sans défense.

La politique de Sécurité démocratique du gouvernement d’Uribe Vélez, ainsi que le million d’informateurs dissimulés un peu partout sur le territoire et l’augmentation des récompenses remises lors de missions militaires conclues positivement, sont à la base de rafles massives d’hommes, de femmes, de vieillards dans les villes, les campagnes et dans la rue, par des informateurs cagoulés, du personnel de justice, l’armée du DAS[1] ou des policiers. La plupart du temps, les gens sont enlevés sans que les forces de l’ordre aient reçu un ordre de capture et sont accusés d’avoir collaboré ou de collaborer avec la guérilla.

Par manque de preuves d’accusation, beaucoup de détenus sont torturés afin qu’ils reconnaissent leurs délits et « signent leurs aveux ».

Des milliers de dirigeants et de membres d’organisation d’agriculteurs, d’ouvriers, d’universitaires, de défenseurs des Droits de l’Homme, des Droits des Indigènes et des Droits de la Femme, sont torturés et croupissent jour après jour, année après année, dans les prisons d’un pays diri par un régime qui les humilie, qui leur dénie leurs droits fondamentaux en tant qu’être humain, leur dignité et leur statut de prisonniers politiques. En somme à tout ce qui est prévu dans la Constitution Nationale et Internationale.

Ils sont incarcérés dans des prisons de très haute sécurité, comme celles de Valladupar ou de Combita. Ces prisons ont été construites après que la Colombie ait signé une convention avec le Bureau fédéral des prisons des Etats-Unis. Les normes d’incarcération qui y sont appliquées sont des plus strictes ; c’est le type de pénitencier que les Américains réservent aux terroristes les plus dangereux au monde.

Dans les prisons colombiennes, beaucoup de femmes, incarcérées pour leurs idéaux politiques ou leur engagement social, sortent de la prison pour donner naissance et y retournent directement après l’accouchement, accompagnées de leur bébé. Qui devient automatiquement un détenu et purgera la peine de sa mère dans des conditions hygiéniques et climatiques extrêmes.

Souvent les détenus sont coupés de leur famille et ne peuvent bénéficier d’aucun droit de visite. Les déménagements constants dans des prisons loin du domicile du prisonnier l’éloignent totalement de sa famille, de ses proches et de ses amis. Le prisonnier perd tout contact avec sa famille et se sépare souvent totalement d’elle.

Les conditions de santé des détenus sont horribles. Il n’est pas rare qu’un détenu meure en prison faute de médication adéquate. Beaucoup de condamnés en phase terminale refusent tout bonnement les derniers soins.

La surpopulation dans les prisons est devenue insoutenable. La plupart des prisons sont remplies à cinq à six fois leur capacité maximale. Les conditions climatiques sont extrêmes, beaucoup de prisons ont été construites dans des régions où la température minimale peu atteindre moins 2° Celsius. Les détenus doivent se laver à l’eau froide. Les prisons ne sont pas chauffées. Vu les problèmes de surpopulation que ces prisons connaissent, les détenus sont obligés de dormir par terre, sur le ciment, ce qui leur rend le sommeil tout bonnement impossible. Et dans les régions tropicales, là où la température peut atteindre 30 voire 40 degrés Celsius, la vie n’est pas rose non plus : aucune ventilation, l’eau se raréfie. La vie est tout simplement impossible.

Tous ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces vieux qui se consument dans les prisons colombiennes n’ont commis comme délit que de lutter pour un pays plus digne et pacifique, où la justice sociale puisse être faite.

Pedro Nolasco Présiga

 



[1] DAS Département Administratif de Sécurité, service secret sous le commandement du président. Ce service étant l’objet d’innombrables procès pour cause de corruption et de liens avec la mafia et les paramilitaires, Uribe promet de le dissoudre, tout au moins en en changeant le nom, pour échapper lui-même à sa responsabilité.

 

Dernière mise à jour de cette page le 09/10/2009