La sécurité démocratique

La politique de sécurité démocratique en Colombie n’est ni une politique de sécurité, ni une politique démocratique, c’est tout simplement une véritable guerre.

Les préoccupations du gouvernement pour la sécurité du pays sont une vieille excuse que la Colombie utilise pour défendre les intérêts des mégaprojets, des multinationales et de ce qu’on appelle, plus communément, le libre « marché ».

Cette stratégie militaire de guerre est en réalité un plan belliqueux contre les mouvements sociaux et les insurgés. Elle ne diffère guère d’autres mesures prises contre la population, comme le « Plan Laso », conçu en 1964, qui devait mener le pays à une soi-disant pacification, le « Plan Andes » qui planifie la guerre contre la guérilla, le « Manual Provisional para el Planeamiento de la Seguridad Nacional » (1974), la « Estrategia Nacional » contre la violence de César Gaviria (1991), le « Plan Colombie » d’Andrés Pastrana, qui favorise l’ingérence des Etats-Unis (1998), prévoyant un investissement militaire américain de plusieurs millions de dollars.

En 2002, avec Alvaro Uribe, le programme militaire qui a été appelé “sécurité démocratique” est, en fait, « une guerre totale » , une guerre qui combine la basse intensité au niveau social avec des stratégies de guerre conventionnelles. C’est un plan militaire basé sur le déploiement intensif d’artillerie lourde, d’armement blindé, de grandes concentrations de troupes et de l’organisation de l’armée en troupes, divisions, brigades, bataillons et qui prévoit l’implication de civils.

Ce qui se cache sous la politique de “sécurité démocratique” menée par Uribe, est en fait, un autre chapitre de cette guerre historique. Uribe jouit d’une bonne réputation, parce qu’il dissimule les faits relatés dans ces pages et soutient que les résultats obtenus justifient la guerre en cours. Mais en réalité, il :

  • donne de la légitimité à un gouvernement criminel, qui mêle l’armée, les paramilitaires et les narcotrafiquants au pouvoir, en leur permettant la mainmise sur certains organismes de contrôle, comme l’administration, la justice, les ambassades, les notaires, etc. ;
  • protège les intérêts des multinationales européennes et nord-américaines, les affaires des dirigeants locaux, les mégaprojets et favorise les Traités de Libre Echange avec les grandes puissances ;
  • camoufle les massacres commis par l’Etat en faisant passer les victimes pour des «faux-positifs», incite le déplacement interne de ses populations, laisse impunies les violences sexuelles, la torture et les disparitions forcées ;
  • refuse tout accord humanitaire, une issue politique du conflit armé et repousse la paix, la souveraineté de l’état, l’autonomie et l’intégration de l’Amérique Latine ;
  • est complice des emprisonnements de leaders syndicaux, ne leur accorde aucun procès ni le droit de jouir de certains principes comme la présomption d’innocence, le droit à la défense et à un jugement impartial ;
  • ignore ses obligations en matière de promotion et de protection des Droits de l’Homme et les viole en toute impunité ;
  • accuse des organisations d’agriculteurs, d’indigènes ou d’afro-descendants, d’étudiants, des représentants de groupes populaires, de mouvements sociaux, de féministes et militants, de criminels, parce qu’ils dérangent les personnes qui les qualifient de terroristes ;
  • approuve des lois comme celle sur le développement rural et légalise, par conséquent, la contre-réforme agraire, développée par les narcotrafiquants, les paramilitaires et les grands propriétaires terriens afin de mettre la terre dans les mains du capital financier ;
  • agresse violemment des jeunes filles, des adolescentes et la population LGBT[1] ;
  • assure des récompenses alléchantes aux assassins de leaders syndicalistes.
  • oblige à l’exode des milliers de Colombiens, contraints  à vivre dans des conditions d’extrême vulnérabilité ;
  • persécute des intellectuels critiques par rapport à la situation du pays en les faisant passer pour “des intellectuels au service de la guérilla” ;
  • attaque les organisations qui défendent les Droits de l’Homme, les rabaisse et les considère comme des « agents du terrorisme » ;
  • contrôle la liberté d’expression et transforme les médias en outil de propagande, servant à relayer les discours officiels ;
  • justifie l’échec des Conventions et des Traités Internationaux que la Colombie a ratifiés en faveur de la défense des droits de l’homme ;
  • considère que les pays limitrophes, qui ne veulent pas se soumettre aux intérêts nord-américains, collaborent avec les terroristes et, par conséquent, que sa politique de sécurité démocratique peut être appliquée dans des zones extraterritoriales ;
  • impose à sa population l’implémentation des bases militaires nord-américaines, vouées à déstabiliser les pays andins et à transformer la Colombie en un second Israël, en perpétuelle lutte contre son peuple ;
  • veut effacer de la mémoire collective l’histoire occulte de la répression colombienne, qui s’oppose à la dignité de son peuple et ne montre aucune tentative de véritable construction démocratique.

 

Ce que nous vivons en Colombie n’est ni une question de politique, ni de sécurité et encore moins de  démocratie, c’est une guerre de très grande échelle qui, au nom d’une « lutte contre le terrorisme », attend de nous que nous ignorions la pauvreté et la misère grandissantes, le chômage, la remilitarisation des paramilitaires, les narcotrafiquants, les déplacements internes, la parapolitique, la délinquance organisée, la privatisation des services publics, les liquidations faites par le DAS et ordonnées par les gouvernements de l’époque, les assassinats par l’armée et la police de jeunes de milieux défavorisés, la corruption du gouvernement et, en général, un état construit sur la criminalité

Lilia Solano, professeur et chercheur colombienne

Souces : ALAI, agencia latinoamericana de información (Agence Latinoaméricaine d’Information) :



[1]              LGBT : Personnes homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles

 

 

Dernière mise à jour de cette page le 09/10/2009