Crimes d’État:
Les exécutions extrajudiciaires
CONTEXTE
Au cours des deux mandats présidentiels d’Alvaro Uribe Velez où fut appliquée la politique de Sécurité démocratique, le nombre des exécutions extrajudiciaires[1], aussi appelés « faux positifs », commises par les forces de sécurité publique a sérieusement augmenté. Selon les rapports des coalitions de droits humains colombiennes, au moins 1122 personnes civiles sans défense ont été assassinées puis présentées par l’Armée comme « mortes au combat », durant cette période.[2]
Le scandale des exécutions extrajudiciaires a éclaté dans les grand médias colombiens vers la fin septembre, alors qu’ils ont levé le voile sur l’ effroyable histoire des 11 jeunes disparus de Soacha, une banlieue pauvre de Bogota, dont les cadavres ayant été présentés dans un premier temps par l’Armée comme « morts au combat », furent retrouvés à Ocaña et Cimitarra, des villes de la région du Nord de Santander à des milliers de kilomètres de Bogota.[3] Ce scandale n’était que la pointe du Iceberg ; produisant l’effet domino, des centaines d’autres cas ont commencé à être révélés. Selon
En révisant les cas,
Du 7 août 2002 à 2007,
Liliana Uribe, de
MODALITÉS D’OPÉRATION
En octobre 2007,
“
De la même manière, le Bureau du Haut Commissariat pour les Droits Humains des Nations Unies, a signalé dans son dernier rapport sa préoccupation pour la « persistance d’exécutions extrajudiciaires attribuées à des membres de
Par ailleurs il semble que les stratégies de
TÉMOINS-CLÉS
Salvatore Mancuso a révélé d’importants détails sur les “faux positifs”[13]
Le 18 novembre 2008, l’ex-chef paramilitaire Salvatore Mancuso a dénoncé lors d’une comparution à
Un démobilisé raconte comment s’est déroulé le recrutement des jeunes
Le 2 novembre 2008, suite aux déclarations d’un démobilisé des AUC[15], il a pu être établi que dans certaines régions comme Sahagun (Cordoba) les jeunes étaient recrutés par cet ex-paramilitaire (SIC) qui était par la suite contacté par des soldats de
Un ex-sergent donne des détails de comment se planifiaient les assassinats
Le 16 octobre 2008, on a connu le témoignage du Sergent Alexander Rodríguez Sánchez, qui a fait partie des unités de contre-guérilla de
« L’habitude de tuer des personnes innocentes et de les présenter comme subversifs, a été imposée par celui qui était alors commandant de cette unité, le Coronel Herrero. Pour justifier les morts, l’officiel s’arrangeait pour que le B2 (service de Renseignement de l’armée) ouvre des dossiers avec des observations sur de supposés antécédents des victimes (…) »[17]
Paradoxalement seulement trois jours plus tard, celui qui a dénoncé fut puni alors que le responsable de ces atrocités fut récompensé. Une junte de Généraux ayant à leur tête le Commandant en chef de l’Armée colombienne, le Général Mario Montoya, décida de retirer le Sergent Rodríguez du service, alors que le Colonel Santiago Herrera qui dirigeait
Un paysan assassiné par l’Armée s’est avéré être le frère d’un des soldats
Le 25 octobre 2008, le soldat Luis Esteban Montes, a raconté à la revue Semana comment le 3 mai 2007, ses compagnons de peloton ont tué un paysan quelconque afin de la faire passer comme guérillero. Mais la victime s’est avéré être son propre frère.
“J’étais soldat contre-guérilla dans le Bataillon d’Infanterie No31 qui opère dans le département de Cordoba. Cela faisait plus de 15 jours que ma compagnie se trouvait dans un petit village qui s’appelle San Juan. Nous étions simplement là sans rien faire. Mais le Jour de la fête des Mères approchait et les hauts commandants ont commencé à se préoccuper parce que nous n’avions pas de résultat à montrer ni de mérite afin qu’ils puissent nous donner des jours de congé pour visiter nos familles. Ils ont donc commencé à parler de l’idée de « légaliser » quelqu’un. C’est à dire de tuer quelqu’un pour le faire passer comme guérillero et d’ainsi gagner la permission de sortir. Ça ne m’a pas vraiment surpris, puisque les « légalisations » sont chose quotidienne (…) Mais peu de temps plus tard je me suis rendu compte que celui qui avait été choisi était mon frère, Leonardo Montes.”[19]
Paysan de 22 ans qui fut victime d’une tentative d’exécution extrajudiciaire
Willamir Rodriguez Figueroa, un paysan analphabète de 22 ans, raconte que le 6 octobre 2007, il sortait de son village lorsqu’il fut arrêté par des soldats sous prétexte que ses papiers d’identité n’étaient pas en règle. Après l’avoir fait marcher durant plusieurs heures, alors qu’il était presque minuit, il raconte comment « ils m’ont mis les menottes et m’ont attaché avec une corde à un arbre de cacao. Puis quelque temps plus tard j’ai senti le coup de feu, je suis tombé face contre terre et j’ai fait le mort (…) Ensuite les soldats m’ont mis un fusil à côté de la tête». Willamir raconte ensuite comment il est arrivé à s’échapper et à courir jusqu’à trouver refuge dans la maison d’un paysan qui l’a aidé à se rendre à l’hôpital de El Tarra. Là bas il fut détenu par les autorités. Après avoir passé deux mois à l’hôpital, il est actuellement en prison accusé de rébellion. Deux personnes apportées par l’Armée ont témoigné (SIC) contre lui. [20] Aujourd’hui, il n’est qu’un de plus parmi les 7500 prisonniers politiques qui sont privés de leur liberté dans les prisons colombiennes, dont plus de 60% sont des civils pour la plupart victimes de « montages judiciaires ».
JUSTICE ?
Le 6 mars 2009, jour où se tenait à Bogota la « Rencontre des familles de victimes d’exécutions extrajudiciaires » et la réalisation d’une marche pour dénoncer ces crimes d’État et demander justice, le Ministre de
Lorsque le scandale des « faux positifs » a éclaté, pendant la visite en Colombie de la représentante du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits Humains, le gouvernement a annoncé le 29 octobre la destitution de 27 militaires, dont trois Généraux, puis par la suite de 10 militaires de plus.[21] Mais cela n’est qu’un premier pas.
« AGENTS CORROMPUS » OU « CRIMES D’ÉTAT » ?
Le Gouvernement ne veut point reconnaître l’existence de crimes d’État ; il se cache derrière l’hypothèse selon laquelle il s’agit d’actions commises par des agents étatiques corrompus. Pourtant l’ampleur du phénomène, qui s’est étendu à près de 1500 victimes en six ans dans 23 départements du pays, où l’on observe un même modus operandi, démontre qu’il ne s’agit point d’une accumulation d’événements isolés les uns des autres, mais qu’au contraire les exécutions extrajudiciaires sont des actions systématiques planifiées qui répondent à une stratégie bien définie soutenue par les politiques de l’État.[23]
Si les exécutions extrajudiciaires ne sont pas une politique d’État, pourquoi le Coronel Santiago Herrera, qui a été à la tête de
La même chose se produit avec la stratégie paramilitaire qui a toujours été une stratégie sous le couvert de l’État, comme le laisse savoir clairement Salvatore Mancuso, depuis
Dans la réalité actuelle, nous constatons que les crimes qui étaient commis par les paramilitaires avant leur apparente « démobilisation », ont recommencé à être commis directement par les militaires dans une certaine proportion, bien que nombre de menaces et d’assassinats sélectifs continuent d’être perpétrés par les paramilitaires sous de nouveaux noms tels que Aguilas Negras ou Autodefensas Gaitanistas de Colombia. C’est pour cette raison que le nombre d’exécutions extrajudiciaires réalisées par l’Armée, dans le cadre de la doctrine de Sécurité Démocratique mis de l’avant par le Président Uribe depuis
De long en large du pays, des centaines de crimes ont été commis par l’Armée contre de jeunes hommes de moins de 35 ans, provenant des secteurs populaires les plus exclus ou simplement syndicalistes, étudiants ou paysans s’étant convertis en leaders sociaux critiques du gouvernement. Cette situation fait planer de sérieux doute sur l’existence réelle d’un État de droit en Colombie, au delà de la formalité des institutions. L’ensemble des données amassées sur les exécutions extrajudiciaires nous indiquent clairement qu’il s’agit d’une pratique systématique et généralisée, qui la place au rang de « crime contre l’humanité », dont la responsabilité est pleinement attribuable à État colombien.[25]
POUR TOUTES CES RAISONS NOUS EXIGEONS AU GOUVERNEMENT CANADIEN :
· Qu’aucun traité ou entente commerciale, tel que l’Accord de Libre-Échange Canada-Colombie, ne soit signé avec le gouvernement colombien jusqu’à ce que l’État démontre, non seulement en parole mais dans les faits, que ses institutions civiles et militaires respectent les droits de la personne et qu’elles se plient aux normes du Droit International Humanitaire, particulièrement quant au respect du droit au Principe de Distinction de la population civile vivant dans un contexte de conflit armé.
· Que quelconque accords de coopération internationale avec le gouvernement de Colombie soit freinée jusqu’à ce qu’il soit démontré clairement que les familles des victimes des exécutions extrajudiciaires aient pu accéder à leurs droits constitutionnels à la vérité, à la justice et à la réparation intégrale.
· La condamnation publique des politiques promue par le gouvernement d’ Álvaro Uribe Vélez dans le cadre de la doctrine de « Sécurité Démocratique », d’encouragements, de récompenses et de pressions pour l’obtention de résultats militaires, qui ont pour conséquence la promotion de pratiques criminelles, comme le sont les exécutions extrajudiciaires, tendant à démontrer de supposées victoires militaires dans la lutte antisubversive.
[1] Selon la définition au sein du Droit International des Droits Humains, les exécutions extrajudiciaires, sont la privation arbitraire de la vie d’une ou de plusieurs personnes, de la part des agents étatiques ; « une forme de peine sans procès o peine extralégale, appliquée en marge d’un processus légal et en contrevenant au principe de légalité » Ce dernier « établit que personne ne peut être condamné pour des actions ou omissions qui au moment d’être commises n’étaient pas des délits selon le droit applicable. »
[2] Los falsos positivos son crímenes de Estado, Déclaration de
[3] Las ejecuciones extrajudiciales continúan, Revue Cambio, Bogotá, 4 octobre 2008.
[4] Ejecuciones Extrajudiciales en Colombia : 1ero de octubre a 31 de diciembre de 2008, Rapport de
[5] Ejecuciones Extrajudiciales en Colombia : 1ero de octubre a 31 de diciembre de 2008, Rapport de
[6] Reportes de falsos positivos recibidos por
[7] Ejecuciones Extrajudiciales en Colombia : 1ero de octubre a 31 de diciembre de 2008, Rapport de
[8] Queremos visibilizar que continúan las ejecuciones extrajudiciales en Colombia, entrevue réalisée par Sergio Castro Sánchez à Franklin Castañeda du Comité Nacional de Impulso du MOVICE, Bogotá, 7 mars 2009. www.movimientodevictimas.org
[9]
en Colombie, a réalisé son travail du 4 au 10 octobre 2007, sur invitation de
[10] Rapport final de
en Colombie, Observatoire de droits humains et droit humanitaire de
[11] Los falsos positivos son crímenes de Estado, Déclaration de
[12] Queremos visibilizar que continúan las ejecuciones extrajudiciales en Colombia, entrevue de Sergio Castro Sánchez à Franklin Castañeda du Comité Nacional de Impulso del MOVICE, Bogotá, 7 mars 2009.