Droits de l'Homme et système politique en Colombie

La Colombie se retrouve souvent à la une de la presse internationale. Drogue, mafia et violence sont malheureusement les mots qui reviennent lorsqu’on parle de ce pays. Les médias ont tendance à exagérer ces thèmes et à en dissimuler d’autres. Ainsi, peu d’Européens savent que mille dirigeants syndicaux et travailleurs sociaux ont perdu la vie ou ont été emprisonnés, pour avoir défendu les droits fondamentaux de la population. La Colombie bat tous les records internationaux en matière de décès de journalistes ou de syndicalistes. C’est également le pays qui connaît le plus d’assassinats d’enfants, de clochards et de prostituées. Les policiers ou les paramilitaires, payés par les commerçants pour exécuter ces meurtres, appellent cette pratique « le nettoyage social ».

Le faux stéréotype que l’on se fait de la Colombie vient de la confusion entre les causes et les conséquences que la violence engendre en Colombie.

La violence, militaire, politique, sociale ou d’origine mafieuse, est le résultat d’un régime politique, économique et social qui maintient la population locale sous son joug, dans la misère et l’exploitation. Les multinationales européennes, américaines et asiatiques, attirées par les importantes réserves de gaz naturel et de pétrole du pays, ainsi que par son abondante végétation et ses réserves en eau douce, ne se soucient guère des dommages environnementaux qu’elles occasionnent, ni des conditions sociales de leurs ouvriers. Par conséquent, la véritable cause du conflit armé colombien est en réalité ce régime réactionnaire, au service des intérêts économiques étrangers.

Le conflit consume le pays depuis plus de soixante ans, depuis que Jorge Eliecer Gaitán Ayala, président du Parti Libéral, a été assassiné le 9 avril 1948. Après son assassinat, de nombreuses manifestations ont éclaté et une violente répression s’est abattue sur la population, comme en témoigne la mort de quelque 300 personnes lors d’une manifestation. La répression se propagea rapidement dans tout le pays, qui commença alors à mener une guerre d’extermination contre les membres du Parti Libéral et d’autres forces progressistes. C’est à la même époque que la guérilla commence à se former, dans les campagnes, à 400 km au sud de la capitale, Bogotá. Et c’est à la même époque que les Américains, en pleine guerre froide, assimilent les insurgés colombiens à des sympathisants communistes.

Le 18 mai 1964, les Etats-Unis financent la première tentative d’éradication de la guérilla, connue sous le nom de LASO (Latin American Security Operation). Seize mille hommes, dotés d’hélicoptères, d’avions de reconnaissance, de bombardiers et d’artillerie lourde ont été envoyés en Colombie pour lutter contre les jeunes agriculteurs, peu armés. L’opération fut un échec. Depuis le plan LASO, les Etats-Unis n’ont pas cessé d’accroître leur implication dans le conflit armé colombien. Les autorités américaines, voulant venger leur échec de 1964, lancent en 1999 le Plan for Peace, Prosperity, and the Strengthening of the State,[1] également connu sous le nom de Plan Colombie. Ce plan a été élaboré en anglais, aux Etats-Unis, sans la participation des autorités colombiennes.

Avec le temps, le conflit est devenu plus complexe et s’est répandu dans tout le pays, devenant de plus en plus violent. Toutes les actions entreprises par le gouvernement pour régler le conflit par voie militaire n’ont fait qu’aggraver les conditions de la population, tant au niveau de la pauvreté et de la violence que du point de vue de l’endettement considérable du pays. Le Plan Colombie prévoyait une aide extérieure de 7,5 milliards de dollars à Bogotá mais son budget augmenta très vite. La Colombie prit à sa charge 4,5 millions de dollars, les Etats-Unis 3,5 millions, l’Europe 1.000 et différents organismes financiers mirent environ 900 million de dollars… [2]

93,4% du budget astronomique du Plan sont destinés à l’appareil de guerre et à l’achat d’armements. Seuls 6,6% du budget sont dédiés à d’autres fins. Ce qui devait être un plan pour la paix, ou du moins, c’est ainsi que ses bailleurs de fonds l’ont nommé, est en réalité une politique qui finance la guerre à raison de 93,4%. En outre, cet accord internationalise le conflit, comme le prouvent la présence et l’activité des troupes colombiennes, appuyées par des troupes américaines, aux frontières vénézuélienne et équatorienne.

Les sept bases américaines en Colombie

Le Président Obama souhaite installer sept bases militaires américaines en Colombie. Les troupes qui y seront envoyées, resteront sous le commandement de Washington et ne devront rendre aucun compte aux autorités colombiennes. Elles ne pourront être poursuivies pour aucune infractions-, délit ou assassinat de civils. Non contents de promouvoir la guerre en Colombie, les Etats-Unis veulent maintenant l’étendre aux pays voisins. La Maison Blanche et le Pentagone essayent d’entraîner toute la nation afin d’empêcher la consolidation et l’expansion de l’émancipation du Venezuela, de Cuba, de la Bolivie, du Nicaragua et de l’Equateur. En somme, ils voudraient casser un phénomène qui compte de nombreux sympathisants dans tout le continent sud-américain.

P. Couvercle, sénateur conservateur américain ainsi que co-fondateur du Plan Colombie, l’a confirmé lui-même lorsqu’il a déclaré, en avril 2000, que le seul moyen de contrôler le Venezuela, c’était de prendre le pouvoir militaire en Colombie.

Une contradiction grandissante

Aujourd’hui, la Colombie n’est plus qu’une marionnette aux mains des Etats-Unis, obsédés par le désir d’imposer le néolibéralisme et promouvoir la guerre. Le régime actuellement en place en Colombie est un régime réactionnaire, capable d’une extrême violence, dépendant d’un pouvoir étranger, antidémocratique et bon marché. Les Etats-Unis aimeraient que tout le continent sud-américain subisse le même sort - en flagrante contradiction avec les belles promesses d’Obama.

On peut se rendre compte des tensions entre les deux continents avec l’expulsion des Etats-Unis des trois institutions panaméricaines (le Groupe de Rio, UNASUR et l’ALBA).

Cette nouvelle crise sur les bases militaires américaines en Colombie sont la preuve de contradictions de plus en plus grandes entre les nations panaméricaines, qui aspirent au changement, et les Etats-Unis, qui veulent reprendre le contrôle du continent. Et c’est le peuple colombien qui paie le prix de la guerre interne et de la dérive des Etats-Unis. Jour après jour, la liberté diminue en Colombie et les droits démocratiques et syndicaux sont l’objet principal des attaques systématiques de l’Etat, de l’administration judiciaire, des forces armées et de leurs alliés paramilitaires.

RG



[1]              Plan pour la paix, la prospérité et le renforcement de l’Etat

[2]              22 juillet 2007 http://www.eltiempo.com/archivo/documento/CMS-3533846#

 

Dernière mise à jour de cette page le 09/10/2009