Suspension d'audience de l'ex-président Uribe

Agence France-Presse 
Michaela Cancela-Kieffer
16/06/2011

source : canoe.ca

L'ex-président colombien Alvaro Uribe a commencé jeudi à témoigner dans une affaire d'espionnage illégal de magistrats et journalistes susceptible de l'impliquer, alors que les scandales de corruption mettant en cause son gouvernement se multiplient et que certains de ses alliés prennent leurs distances.

L'ex-chef de l'État (de 2002 à 2010), encore très populaire en Colombie pour sa politique de fermeté à l'égard de la guérilla des Farc, avait lui-même demandé à témoigner devant la chambre d'accusation du parlement, seule habilitée à entendre des présidents mis en cause pour des faits commis pendant l'exercice de leurs fonctions.

Depuis octobre 2010, il est visé par une enquête sur une affaire d'espionnage de magistrats, d'opposants et de journalistes impliquant les services de renseignement (Département administratif de sécurité), qui dépendent directement de la présidence.


M. Uribe entendait exposer publiquement jeudi sa défense, pour corriger «les mensonges et imprécisions», dont ont fait état les médias dans cette affaire, selon son avocat Jaime Lombana.

Doute sur la partialité

Mais l'ex-président a à peine eu cette opportunité, car l'audience a été levée suite à une demande de récusation de deux parlementaires de la chambre par les avocats des victimes.

Uribe a protesté contre la suspension d'audience, sans obtenir gain de cause.

«On m'accuse d'être un assassin», a-t-il dit en reprenant les propos d'une avocate qui a évoqué de possibles «crimes contre l'humanité».

«On demande des sanctions exemplaires me concernant dans une affaire suivie par l'ensemble du pays et le monde et moi, on ne m'écoute pas. Où sommes-nous?», a encore protesté Uribe.

L'ex-président avait auparavant dénoncé la «succession d'infamies» le visant, alors qu'il se présente comme le chef de l'État qui a «rendu sa sécurité au pays».

Ses proches surveillés

Cette affaire a déjà poussé la justice à mettre en examen l'ex-secrétaire général de la présidence Bernardo Moreno, un proche d'Uribe.

Elle impliquerait non seulement des opérations de surveillance, mais aussi des stratagèmes destinés à faire taire les magistrats et les critiques du pouvoir.

Les agents du DAS auraient ainsi menacé de tuer la fille de la journaliste Claudia Julieta Duque.

«Ta fille va souffrir, nous allons la brûler vive», lui aurait dit l'un de ses agresseurs par téléphone.

Uribe fait pour l'instant l'objet d'une simple enquête préliminaire. Si la commission d'accusation décide d'ouvrir une instruction, celle-ci serait confiée au Sénat qui devrait ensuite transmettre à la Cour suprême les éléments d'informations susceptibles de constituer des délits pénaux.

Son bilan remis en cause

Mais cette audience intervient alors que le bilan de l'ex-président et avocat de 58 ans est de plus en plus contesté et que la coalition de centre-droit dirigée par Juan Manuel Santos, son ex-ministre de la Défense (de 2006 à 2009), semble prendre ses distances.

Depuis qu'Uribe a quitté le pouvoir en août 2010, la justice a mis en cause plusieurs anciens fonctionnaires de son administration dans divers scandales de corruption impliquant des détournements de fonds réservés aux paysans pauvres, l'accaparement de biens ayant appartenu à des trafiquants de drogue ou encore des contrats de santé publique.

Uribe fait en outre l'objet de critiques croissantes en Colombie et à l'étranger pour son bilan en matière de droits de l'Homme, et notamment les centaines d'exécutions extrajudiciaires attribuées à l'armée durant son mandat.

Il a ainsi renoncé mercredi à enseigner à l'École nationale d'ingénieurs de Metz, à la suite de protestations de députés européens contre cette embauche. L'Allemand Jurgen Klute l'a notamment accusé de «violations systématiques des droits de l'Homme».

Uribe justice

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