Rapport ONU. Exécutions extrajudiciaires

ONU: l'armée a exécuté des civils en Colombie de "manière systématique"

BOGOTA (AFP) — Le rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires Philip Alston a accusé jeudi l'armée colombienne d'avoir exécuté systématiquement des civils, et de ne pas admettre "l'ampleur" du problème.

"Le nombre de cas, leur répartition géographique et la diversité des unités militaires impliquées indiquent que ces (exécutions) ont été menées de manière plus ou moins systématique, par un nombre significatif de personnes au sein de l'armée", a déclaré ce grand spécialiste en droit international lors d'une conférence de presse.

Le rapporteur des Nations unies, qui a séjourné pendant dix jours en Colombie sur invitation du gouvernement, a demandé à l'armée d'admettre "l'ampleur du problème" posé par les exécutions extrajudiciaires, dont l'importance a été révélée à l'automne 2008, entraînant depuis la destitution de plus de 40 militaires, dont trois généraux.

Selon la Commission colombienne des juristes, une ONG qui a étudié le problème, au moins 1.205 civils ont été victimes de ces crimes, pour la plupart restés impunis, entre le mois de juillet 2002 et juillet de l'année 2008.

"Je n'ai pas constaté de reconnaissance officielle (de cette pratique) de la part de l'armée", a encore déploré le responsable. "C'est ce que je souhaiterais observer", a-t-il ajouté en rappelant que les assassinats de civils avaient été encouragés par une politique de récompenses.

Le rapporteur a toutefois estimé qu'en dépit de ces récompenses, il n'avait pas trouvé d'élément prouvant que "ces exécutions relevaient d'une politique officielle du gouvernement".

Les "Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) et l'Armée de libération nationale (ELN), continuent à avoir recours à de nombreux homicides illégaux, en particulier pour contrôler les populations rurales et créer (un sentiment) de peur", a-t-il ajouté. Il a aussi dénoncé l'usage "indiscriminé" de mines antipersonnel de la part de ces guérillas, qui compteraient au total entre dix et 12.000 combattants, selon les estimations.

Le scandale des exécutions extrajudiciaires, dénoncé par des organisations de défense des droits de l'Homme, a atteint son paroxysme après la révélation de l'assassinat dans le nord du pays d'au moins onze jeunes originaires de la banlieue de Bogota au début de l'année 2008 par des soldats qui les avaient ensuite présentés comme des guérilleros tués au combat, le tout pour obtenir des récompenses.

Sur cette affaire, le rapporteur a estimé qu'il ne s'agissait que de "la pointe de l'iceberg", concernant une pratique se caractérisant davantage comme de "l'assassinat de sang froid, prémédité, de civils innoçents pour en tirer des bénéfices".

"Des tueries très similaires se sont produites" dans d'autres départements a-t-il souligné, en évoquant onze départements où "un nombre important d'unités militaires étaient impliquées".

Le rapport définitif sur les exécutions arbitraires en Colombie sera publié au plus tard dans cinq mois.

AFP. 19 juin 2009

Faux positifs exécutions extrajudiciaires

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