Mines d'or en Colombie

En Colombie, 43.000 kilomètres carrés sont déjà dédiés à l'exploitation des mines. Pour le président Juan Manuel Santos, l’industrie minière à ciel ouvert est un des moteurs de l’économie mais les cicatrices sont incalculables pour le territoire, les communautés ethniques et l’environnement.

Résumé du rapport « Extrais le métal et pars en courant ».

 Dimanche 10 juillet 2011.

Guadalupe Rodríguez / Salva la selva

         ‪El video que no se muestra en la tv colombiana -- MinLes yeux des compagnies minières se sont posés en Amérique Latine et une authentique fièvre de l’or s’est déclenchée en Colombie. Mais la résistance populaire en défense de la vie, de l’eau, de l’environnement et de la culture s’intensifie de jour en jour. 

 

Le président colombien Juan Manuel Santos insiste sur la consolidation de l’implantation à grande échelle des mines à ciel ouvert pour le développement du pays. L’exploitation des ressources naturelles non renouvelables constitue une des soi-disant « locomotrice de l’économie ». De fait, le ministre colombien des Mines considère que l’industrie minière est envisageable dans l’ensemble du pays et 43.000 kilomètres carrés ont d’ores et déjà été accordés, avec 10.000 concessions dont 4.000 sont déjà en exploitation.

Mais le Code des Mines en vigueur (modifié en 2009) n’est respectueux

• ni du Code Territorial : Les projets miniers peuvent être déclarés d’utilité publique et, dans ce cas, les maires ne peuvent pas s’opposer à l’exploitation,

• ni du Code Ethnique : Il y a sept réserves indiennes touchées en totalité par les concessions minières,

• ni du Code environnemental : La Colombie est le pays du monde le plus pollué au mercure.

Selon l’Assocation Colombienne des Mineurs, ASOMINEROS, la production d’or a été de 34.300 kilos en 2008.

 

 

         ‪MINA LA COLOSA DENUNCIA MIX1‬‏       - YouMines d’or dans les Andes

AngloGold Ashanti (AGA) est la plus grosse compagnie minière de Colombie. Sa mine d’or LA COLOSA, à Cajamarca, dans le département du Tolima au centre-ouest du pays, représente une menace pour un des complexes hydrologiques les plus importants du pays, qui alimente en eau plus de 4 millions de personnes. Le projet se trouve sur les contreforts du plateau humide (páramo) et de la haute forêt andine, régulateurs des eaux de la municipalité de Coello qui pourraient être polluées au cyanure.

Le territoire concerné, d’une rare biodiversité environnementale, est considéré comme le grenier de la Colombie et est maintenant mis en danger par l’industrie minière. La pénurie d’eau a d’ores et déjà fait baisser la production de riz. L’intégrité et la fertilité des sols seront affectés à court terme.

AngloGold Ashanti a violé la loi colombienne (Loi n°2 de 1959) en réalisant des explorations minières dans des zones de réserve forestière sans permis. Selon les dénonciations des riverains, elle a obtenu frauduleusement des informations sur les réserves potentielles d’or.

Malheureusement, la stratégie d’AngloGold Ashanti a causé une profonde polarisation au sein de la population et des institutions de la vallée, entre les communautés du haut plateau et les communautés des usagers de la partie basse de la vallée. Le conflit social engendré par cette polarisation a conduit à une réelle marginalisation et à des accusations contre les organisations et les personnes qui cherchent à montrer les impacts négatifs de l’exploitation minières à grande échelle dans cette partie des Andes.

Les abus du pouvoir économique d’AngloGold Ashanti touchent plusieurs secteurs de la vie départementale. Ce qu’elle appelle le « pré-investissement » n’est rien d’autre que de la coaction par le biais du pouvoir économique. Comment comprendre autrement les contrats signés avec le personnel (avec des salaires supérieurs à la moyenne régionale) alors que la production n’a pas encore commencé ? Les soutiens économiques et techniques aux organisations sociales, les sommes investies dans l’amélioration de l’infrastructure des villages qui seraient potentiellement liés à l’exploitation, dans les conseils communaux, dans la Mairie de Cajamarca elle-même, dans l’hôpital de Cajamarca, le lien commercial avec l’équipe de football du Tolima, les propositions de soutien à l’Université du Tolima, l’acquisition de terrains à des prix largement au-dessus de leur valeur courante… Et maintenant, les propositions de financement d’entités environnementales comme le Fonds pour l’Action Environnementale, entre autres initiatives.

Ce pouvoir économique disproportionné a permis à AngloGold Ashanti d’acheter des terrains stratégiques, particulièrement pour le potentiel hydrique qu’ils représentent. Ils ont procédé de la même manière dans toute la région et dans une bonne partie du pays. Ils savent très bien que les paysans locaux n’ont pas la même capacité à solliciter des concessions pour l’eau.

L’intervention d’AngloGold Ashanti n’a rien à voir avec le développement, la création d’emploi, le soutien à l’éducation, au sport, ni avec la gestion de la municipalité, ni l’amélioration des routes, ni la mise en œuvre de coopératives de transport.

Les mouvements sociaux de la zone veulent mettre en œuvre des mécanismes sociaux afin que l’exploitation de l’or n’ait jamais lieu dans cette région du pays, et encore moins à grande échelle. Ils affirment : « Cette affaire peut ouvrir la porte à la modification de tout le patrimoine environnemental du pays et la société n’y participera pas».

 

         ‪ChocQuibTown - Oro [(Official video)]‬‏Fièvre de l’or dans la Selva tropicale du Pacifique

Un autre projet minier d’extraction d’or a lieu au cœur de la selva du littoral pacifique de la Colombie, dans le département du Cauca, à Buenaventura. C’est la région du Chocó, une zone couverte de forêts tropicales et traversée par des fleuves puissants comme le Dagua, source de vie où débouchent d’autres fleuves comme le San Cipriano, qui donne son nom à une réserve de forêt tropicale.

A Zaragoza, vivent des communautés noires. L’activité minière y produit de très minces bénéfices en échange d’une énorme dégradation de l’écosystème : Le fleuve devient un courant de déchets chimiques.

Début 2009, à la découverte de la mine, des entrepreneurs sont arrivés de Médellin, Cali et Bogotá pour extraire l’or sans vergogne. La population est passée d’environ 100 familles à plus de 10.000 chasseurs de fortune.

Actuellement, l’exploitation aurifère s’étend du km 23 au km 38 de la route Buenaventura-Cali et affecte plusieurs cités qui fonctionnent comme des zones de non-droit. Depuis la ville de Buenaventura, on alerte : « La mine s’étend comme un cancer sur d’autres fleuves de la côte pacifique »

La détérioration environnementale est plus qu’évidente. On a pris des photos aériennes qui montrent un panorama totalement dévasté. Les mauvaises conditions et l’illégalité des exploitations créent des risques d’avalanches, de glissements de terrain et d’accident, auxquels il faut ajouter le danger des crues des fleuves. La présence de plus de 250 machines excavatrices a détruit la faune et la flore, ainsi que les cultures vivrières de subsistance.

La consommation domestique des eaux devient impossible. Des foyers de dengue et de malaria ont surgi. Les altérations que le fleuve a subies ne permettent plus de distinguer son cours naturel. Ses berges sont couvertes de plastique et de carton qui constituent les précaires boutiques et restaurants, commerces et bars. Très récemment, une étude scientifique dont les résultats ont été publiés par la presse locale en novembre 2010 prouve que les niveaux de mercure à l’embouchure du Rio Dagua dans l’océan Pacifique sont trois fois supérieurs à la moyenne maximale recommandée. De plus, des zones de loisirs de la population ont été détruites. Il ne reste à la communauté locale que les débris et la misère, la destruction de leurs cultures et de leurs maisons, et le fleuve grandement pollué.

La tradition locale et la jouissance du territoire ont également très affectées. La violence et le conflit armé ont augmenté dans la zone, ils ont engendré des déplacements forcés et déstabilisé la vie communautaire. Le contrôle de la zone et de l’activité minière par les paramilitaires est évidente. Les familles ne peuvent pas se déplacer librement dans le territoire. La tâche des Conseils Communautaires rencontre de nombreux obstacles. Des violations des droits de l’homme ont été commises, dont plus de 100 morts et homicides. Une femme de la communauté qui a accusé le conducteur d’une machine excavatrice de mettre sa maison en danger a été assassinée dans le dos devant tous.

Plusieurs organisations ethnico-territoriales du Buenaventura ont lancé en avril dernier la Déclaration de Buenaventura (http://www.pacificocolombia.org/nov...), appelant à l’unité des organisations afro-descendantes et indigènes, à la défense de l’environnement comme apport pour la défense de la planète et à une déclaration d’urgence sociale dans le Pacifique.

 

         ‪Marcha Nacional para la defensa de Marmato 2011ȂLe village de Marmato condamné à mort par l’or

Le village de Marmato est littéralement condamné à disparaitre. C’est dans les plans de l’entreprise canadienne MEDORO qui envisage d’exploiter une mine d’or à ciel ouvert. L’entreprise n’a pas clairement présenté le projet à la communauté et il y a une grande incertitude. Ce qui est très clair par contre, c’est que l’or s’épuiserait au bout de vingt à trente-cinq ans.

Situé dans le département de Caldas et enclavé dans la cordillère occidentale, Marmato est une des communes avec les indicateurs de pauvreté les plus hauts de Colombie. Ses habitants se sentent spoliés et s’adressent sans cesse aux institutions et à l’opinion publique pour dénoncer que le gouvernement colombien avalise et soutient activement de projet d’exploitation à grande échelle. Selon la législation colombienne en vigueur, dans la zone, il est possible de pratiquer l’exploitation minière petite et moyenne, mais pas à grande échelle. Mais MEDORO envisage de convertir 143 concessions de la zone en une seule et unique exploitation qui constituerait une mine à ciel ouvert. Les travaux d’exploration auraient lieu pendant deux ou trois ans. Différentes sources font référence à 200.000 perforations.

Pour sa part, le gouvernement du département de Caldas a alerté sur des glissements possibles de la montage, invitant les gens de Marmato à quitter le village. Yamil Amar, Président du Conseil Civique pour la défense de Marmato, explique : « Afin de faire partir la communauté, ils ont inventé l’histoire que nous sommes tous en danger, mais ce n’est pas vrai ». Le secret de polichinelle, c’est que l’exploitation à ciel ouvert les obligerait à déménager au village El Llano, où se sont retrouvés ceux qui se sont crus en danger en raison des glissements de terrain.

Tous considèrent que l’exploitation minière à petite échelle dont vivent de nombreuses familles du coin ne survivrait pas à l’exploitation à ciel ouvert. Même les « guacheros », les mineurs illégaux qui cherchent l’or dans la montagne, sont préoccupés parce qu’ils savent qu’ils n’auront pas la priorité pour les emplois que promet MEDORO. Et les inquiétudes continuent, avec l’incertitude. Les guacheros ont commencé à entrer en action quand la Goldfiels, l’entreprise qui était là avant à Marmato, a fait faillite à la fin 2008 et qu’ils se sont retrouvés sans travail.

Pour sa part, la communauté de Marmato et les indigènes du Caldas qui s’opposent à la destruction du village affirment : « Notre village, ce n’est pas seulement des mines. Et ses habitants ne sont pas seulement des propriétaires de mines ou d’autres sources de travail. Le village de Marmato, ce sont les gens qui y ont vécu et ce que nous sentons pour lui ne se mesure pas avec de l’argent : Le paysage que nous observons, les rues de pierre par où nous passons, l’architecture singulière qui caractérise notre village, les voisins avec qui nous construisons de la solidarité, les histoires que nos vieux racontent aux jeunes sur le passé lointain où se croisent les indigènes, les afro-descendants et les blancs, les mineurs et les orpailleurs qui depuis toujours ont su extraire l’or de la montage, les muletiers qui transportent le matériel par nos chemins escarpés, les paysans et les indigènes qui produisent les aliments qui nous nourrissent ».

Malgré de grandes difficultés, depuis février 2010 s’est créé le Réseau Colombien contre la Grande Industrie Minière Transnationale qui regroupe plus de 50 organisations sociales et environnementales colombiennes opposées aux projets miniers dans le pays et font connaitre les conflits miniers en Colombie. La résistance compte déjà quelques succès comme le triomphe de la mobilisation dans le páramo de Santurbán, département du Santander, contre le projet minier de la GREYSTAR qui a finalement pris la décision de renoncer à solliciter la licence environnementale.

Des milliers de colombiens se sont unis à cette lutte qui, avec la force des arguments et la mobilisation dans les rues de Santander, ont converti Santurban en un emblème de la résistance à la grande industrie minière transnationale.

Traduction CPCP.

COLOMBIE multinationales mines

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