Luis Saavedra. "No a las Bases"

 « Nous nous sentons toujours menacés »

Entretien réalisé par Pierre Duquesne, vingt-six ans, Manta (Équateur).

Depuis vendredi dernier, les États-Unis ont officiellement quitté la base militaire de Manta, en Équateur. Une victoire pour Luis Saavedra, un des leaders de la coalition No a las bases. Mais face à l’annonce de l’installation de sept nouvelles bases américaines en Colombie, cet Équatorien reste inquiet. Il était cette semaine à Bogota, Medellin et Cali pour faire part aux militants de ce pays de cette longue mobilisation.

La fin officielle de la présence américaine en Équateur est la conclusion d’une longue lutte…

Luis Saavedra. Ce furent des mobilisations constantes, avec des ateliers, des conférences, des tentatives d’investir la base, des campements de jeunes, des marches de femmes, etc. Ce sont dix ans de lutte et de mouvement social qui ont permis que Rafael Correa tienne ses promesses de campagne sur cette question. La fin de la base américaine de Manta, ce ne fut pas une décision du seul Rafael Correa. Derrière chaque décision de Rafael Correa, il y a un peuple mobilisé.

Quels étaient les problèmes posés par la base de Manta ?

Luis Saavedra. Elle n’a jamais servi à contrôler le narcotrafic. Manta est même devenue, depuis l’installation de la base, le premier port d’exportation de drogue du pays, sous le nez des États- Uniens. Cette base a surtout servi à intervenir dans le conflit colombien, en préparant l’intervention sur le territoire de la Colombie. Au-delà des problèmes géopolitiques, la base militaire a aussi eu de graves impacts sociaux. De nombreuses entreprises ont réalisé des investissements pour se préparer à l’installation de la base, mais n’ont jamais reçu les clients attendus, et beaucoup se sont retrouvées en faillite. Des réseaux d’exploitation sexuelle se sont développés, sans compter l’explosion du nombre de mères célibataires. C’est sur ces impacts locaux que l’on a mobilisé l’opinion publique équatorienne.

La lutte est-elle maintenant terminée ?

Luis Saavedra. Non. Ce que nous essayons de faire, c est d’établir la responsabilité des dirigeants qui ont bradé notre souveraineté. Actuellement, nous mettons la pression sur le président Correa pour qu’il mette en place une commission afin d’examiner ce qu’on fait les États-Unis à partir de cette base. On doit toujours rester vigilant face à des personnes qui agissent sans conscience nationale et qui sont prêtes à se vendre à l’empire. S’il faut retenir quelque chose de cette victoire, c’est qu’il est possible pour un peuple de récupérer sa dignité et sa fierté. Cela confirme qu’une grande transformation sociale ne peut se baser que sur une grande mobilisation sociale.

Après la fin de la présence militaire des États- Unis en Équateur, comment percevez-vous l’annonce de l’ouverture de sept bases américaines en Colombie ?

Luis Saavedra. Comme dans une grande partie de l’Amérique latine, nous sommes en train de vivre en Équateur un processus progressiste, de reprise du contrôle sur notre économie et nos ressources. Cela explique l’hostilité des États-Unis. Avec des bases en Colombie, nous continuons de nous sentir menacés.

In l'Humanité

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