Les veines bien ouvertes de l’Amérique latine

Article de Cathy Ceibe. L'Humanité. 19/06/2009

« Coopération » . Bruxelles entend passer un accord de libre-échange avec la région andine. Au menu, « l’ouverture » de ces économies déjà fragiles…

Le Vieux Continent se complaît dans l’opacité. Depuis deux ans maintenant, les Vingt-Sept négocient en catimini un accord d’association (ADA) avec quatre pays andins (Bolivie, Pérou, Équateur et Colombie). Sous ce titre altruiste, l’Union européenne (UE) espère en fait disputer le terrain économique aux États-Unis, à l’heure où ces derniers ont conclu des traités de libre-échange (TLC) avec plusieurs nations latino-américaines.

« Avec des traités bilatéraux, les grandes puissances veulent conquérir de nouveaux marchés qu’elles ne sont pas parvenues à gagner dans le cadre des accords multilatéraux au sein de l’Organisation mondiale du commerce », explique Jorge Enrique Robledo, sénateur colombien du Pôle démocratique et alternatif (gauche). « Il s’agit de dépasser les accords de Doha » de l’OMC « et de rendre irréversible les transformations néolibérales nécessaires à la libéralisation de l’économie », soutient-il.


Tandis que la capitale colombienne, accueillait cette semaine le quatrième cycle de discussions, le réseau colombien d’action face au libre commerce (RECALCA) tenait une conférence sur les asymétries de l’ADA, dont les principaux bénéficiaires seront les pays européens. À titre d’exemple, ce réseau, qui regroupe près de cinquante organisations sociales et syndicales, relève une situation « d’exclusivité dans la production de médicaments » avec l’augmentation de la durée des brevets. « Les agriculteurs seront dans l’incapacité de rivaliser avec l’agriculture européenne subventionnée », estime RECALCA, et « ne pourront satisfaire les mesures sanitaires imposées par l’UE ». À court terme, c’est tout le secteur agricole qui est menacé, accroissant ainsi le phénomène déjà existant de dépendance alimentaire.

La Bolivie, dont la Constitution considère la santé et l’eau comme des biens non privatisables, a été exclue des pourparlers pour avoir osé dire que l’ADA violait les principes de son texte fondateur. Critique, l’Équateur pourrait bien se rallier à ce type de position. Le Pérou et la Colombie, déjà signataires d’un TLC avec les États-Unis, font en revanche montre d’impatience. Le premier vient pourtant d’essuyer une fronde nationale contre des dispositions législatives bradant ses ressources naturelles aux multinationales étrangères.

Le discours officiel selon lequel l’ADA sera un instrument au service des investissements étrangers a déjà montré ses limites en termes de retombées nationales. Pour Bogota, l’enjeu va plus loin. L’ADA lui conférerait une légitimité internationale qui lui fait aujourd’hui défaut en raison des innombrables violations des droits de l’homme. Le TLC avec Washington est d’ailleurs toujours bloqué au Sénat américain pour cette raison. Le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, John Monks, s’est adressé à José Barroso, le président de la Commission européenne, en qualifiant de « grave erreur » la poursuite des négociations que le gouvernement d’Alvaro Uribe ne manquerait pas d’interpréter comme un aval à sa politique de fer.

 

union européenne Communauté Andine Traité Libre Echange Accords d'association

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site