Le scandale du DAS, plus grave que ce qu'on imaginait

  16/07/2011 - El Espectador

L'eurodéputée Isabelle Durant a synthétisé pour El Espectador pourquoi l'Europe s'intéresse à l'enquête sur le scandale des "chuzadas".

Pendant quatre jours, après avoir rencontré des hauts fonctionnaires de l'État colombien, l'eurodéputée et actuelle vice-présidente du Parlement Européen, Isabelle Durant, s'est informée de première main sur la manière dont la Colombie vit avec sa polarisation permanente. « Le fait que la Colombie subisse un conflit armé qui dure depuis presque 50 années, c'est déjà une affaire complexe », commente-t-elle, en expliquant que sa visite a eu un objectif précis : Evaluer l'état de l'enquête pénale pénale sur les écoutes et filatures illégales du DAS.

Si elle a pris cette décision, ce n'est pas seulement par simple préoccupation en matière de droits humains, ce qui est sa spécialité, mais aussi parce que dans ce dossier explosif il y a des activités illégales commises par le DAS en Espagne et en Belgique, où il y a aussi de plus un harcèlement contre des défenseurs des garanties fondamentales et même contre des citoyens européens. De fait, Durant a reçu du vice-procureur Juan Carlos Forero la promesse de recevoir une information sur l'avancement des demandes qui ont été faites sur ce sujet dans les deux pays du Vieux Continent.

 

Agée de 57 ans, née en Belgique, avec une longue carrière politique comme sénatrice, ministre et députée, la vice-présidente du Parlement Européen, Isabelle Durant, préfère avoir l'aide de deux traducteurs du français à l'Espagnol et vice versa, mais elle parle également sans détour. » il ne me revient pas de dire qui a raison, mais je crois que si le Gouvernement veut démontrer qu'il y a maintenant des changements dans le DAS, il est plus facile de le faire en agissant autrement que par le passé, et il on ne peut pas garder des fonctionnaires de l'administration précédente, comme le directeur Felipe Muñoz.

L'eurodéputée a expliqué qu'elle s'était rendue à l'École d'Artillerie, où sont retenus prisonniers les ex directeurs du DAS Fernando Tabares et Jorge Lagos, dont elle dit qu'ils vivent dans « une situation regrettable ». Elle ajoute : « Ils ont peur, subissent des pressions, j'ai parlé évidemment avec eux de l`"Opération Europa" parce qu'il s'agit de faits assez graves, mais je dois garder le caractère confidentiel de cette rencontre. La seule chose que je peux dire, c'est que tous les deux savaient qu'on montait une opérationren Europe, mais qu'ils n'ont jamais su pour qui.

La vice-présidente du Parlement Européen a ajouté que cette opération avait été montée pour jeter le discrédit sur certains citoyens européens, et même pour ternir l'image de la Sous-commission des Droits Humains du Parlement Européen; rien que cela est une raison suffisante pour justifier sa visite en Colombie et pour demander clarté et rapidité dans l'enquête. « il ne me revient pas de dire si l'ex-président Uribe a une certaine responsabilité administrative ou pénale dans ce cas, mais il n'y a pas de doute qu'en effet il a au moins une responsabilité politique ».

Elle dit cela en sa qualité de parlementaire et d'ex ministre. « Je sais très bien quand un organisme dépend de quelqu'un, et que s'il y a des problèmes d'illégalité et de corruption, politiquement, il existe une responsabilité », insiste Isabelle Durant, qui affirme au journal EEl Espectador que le scandale du DAS est plus grave que ce qu'elle-même imaginait avant de venir en Colombie. C'est pourquoi, elle retourne en Europe avec la conviction qu'il s'agit d'un cas auquel on doit donner un suivi strict.

« Je ne viens donner des leçons à personne, et je préfère établir un dialogue avec la société colombienne, mais cela ne m'empêche pas pas de dire ouvertement que je vais présenter un rapport devant le Parlement Européen sur le développement de cette affaire. Je dois dire aussi que la protection des droits humains est indispensable spécialement pour les victimes invisibles. Non seulement pour les avocats, les politiciens, les défenseurs de droits humains ou les journalistes. Il y a ici des victimes beaucoup moins connues, qui avec leurs familles, ont besoin de protection. Je parle principalement d'elles ».

Après avoir discuté avec des hauts fonctionnaires du Ministère public, de la Cour Suprême, du Bureau des Nations Unies pour les Droits Humains en Colombie et avec les délégués de l'Union Européenne, l'eurodéputée Isabelle Durant, au-delà des commentaires défavorables qui ont été donnés par quelques secteurs suite à sa visite en Colombie, quitte le pays en manifestant clairement ce qu'elle pense au sujet de la DAS : « Je sais qu'il existe maintenant une volonté de changement, mais pour que ce soit différent à l'avenir il faut fermer un chapitre, et rendre justice pour l'épisode gravissime du DAS ».

La réaction d'Uribe

Vendredi passé, à 6:44 du soir, le jour même de la fin de la visite en Colombie de la vice-présidente du Parlement Européen Isabelle Durant, le directeur de El Espectador, Fidel Cano, a reçu un courrier électronique de l'ex-président Álvaro Uribe. Le message, concis, indiquait : « Isabelle Durant du Parlement Européen vient soutenir des calomnies, en bonne défenderesse du terrorisme. En outre elle est lâche, elle n'a pas débatu de front avec moi ». La relation de confrontation entre Isabelle Durant et Uribe a été rendue publique en juin 2010, quand le président avait qualifié de "sans fondement" le rapport que Durant a fait au Parlement Européen sur son implication probable dans les opérations illégales du DAS en Europe, connues sous le nom `Opération Europa'.

Traduction : www.info-libertad

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