La Colosa, “ la plus grande mine d’or du monde”

Anglo Gold Ashanti menace le Tolima (Colombie)

par Jorge Enrique Robledo. Traduction : TLAXCALA

Deux mobilisations de masse ont été menées contre les mines d'or à ciel ouvert de Medoro Resources à Marmato, dans le département de Caldas, et d'Anglo Gold Ashanti à Cajamarca, dans le Tolima. Dans le premier cas, il est prévu de détruire le centre de  la localité, y compris la mairie, l'église, les écoles, l’hôpital et les maisons – causant ainsi un “villagicide” et un véritable déplacement. Et dans le second, une vaste région approvisionnée par la rivière Coello se retrouverait avec trop peu d'eau. La cupidité de puissants investisseurs étrangers et de leurs associés natifs locaux  -protégés par le gouvernement national-, s’en prend au patrimoine économique, social et culturel de communautés établies là depuis des siècles.

La Colosa, à Cajamarca, se situe dans une réserve forestière de grande, et même très grande, importance environnementale, à la naissance de la rivière Coello qui baigne sept communes du Tolima, dont Espinal, où elle donne vie à l’Usocoello, la plus grande zone d'irrigation agricole de Colombie. Ces projets miniers, très grands consommateurs d'eau à cause de l'utilisation journalière d’énormes quantités de cyanure, sont absolument incompatibles -entre autres problèmes environnementaux- avec une utilisation humaine et agricole de l'eau.

 

 

Ce projet aurait déjà été enterré si le débat sur la pertinence et la légalité de La Colosa avait été mené sans les pressions accompagnant habituellement ces grands projets miniers -sans parler des prix élevés de l'or et du style très contestable d'Anglo Gold Ashanti. Mais la pr océdure a déjà mal commencé. Un jour, Álvaro Uribe Vélez a annoncé, comme une victoire personnelle, que La  Colosa serait la mine d'or la plus grande du monde -affirmation qui a impliqué, afin de l'imposer, le déploiement des pouvoirs de son gouvernement et de celui de Santos. Sur le gros lot que les habitants de Tolima sont censés avoir décroché, il faut  dire que les royalties pour la Colombie sont d’à peine 3,2 %, et que, de cela, par la récente réforme, il leur reviendra quelque chose de très proche du 0 %. Leurs conditions seront ensuite pires que celles d'autres projets miniers, où les habitants des régions concernées ne sont pas sortis de la pauvreté -mais ont au contraire subi les impacts négatifs.

Les désagréments et illégalités de La Colosa sont sur le tapis depuis des années. En 2008, Cortolima, l'autorité environnementale, a ordonné la suspension de l'exploration. Et l'année suivante, Diego Alvarado Ortiz, procureur agraire et environnemental du Tolima, a démontré au Ministère de l'Environnement que le projet violait la loi. Mais Anglo Gold Ashanti, avec l'appui du gouvernement, dépense des millions pour faire pencher l'opinion publique en sa faveur. Attitude cynique s'il en est : elle a retiré son patronage au Festival folklorique d'Ibagué parce que, dans les parades, défilaient des étudiants qui critiquaient La Colosa.

Les manœuvres officielles pour imposer les projets miniers des multinationales montent d'un cran. Le 6 août 2010, le Ministère de l'Environnement a enlevé aux Corporations Autonomes Régionales (CAR) le contrôle de l'eau dans l'exploration minière. Le premier objectif de la réforme de ces organismes est de leur enlever leur autonomie et de les transformer en instruments au service du chef de l’État et du rouleau compresseur minier.
 
Ce que se trame à Ibagué doit alerter les démocrates. Carmen Sofía Bonilla, la courageuse directrice de Cortolima, soutenue par des études du Système d'Information Environnemental de Colombie (IDEAM), a déclaré “affaiblie la ressource hydrique” de la rivière Coello, ce qui signifie qu'on ne peut attribuer des nouvelles concessions d'eau –ni à Anglo Gold Ashanti ni à personne–, parce que le débit actuel suffit à peine pour les actuels utilisateurs, dont la consommation humaine et agricole est légalement prioritaire. Et le problème tend à se compliquer, car l'IDEAM a aussi annoncé que le réchauffement global aurait un impact grave sur le Coello. Devant cette déclaration, un haut fonctionnaire du Gouvernement a exercé une pression sur le comité directeur de Cortolima pour que la directrice annule sa décision, tandis qu'il brandissait des papiers du Contrôleur général des comptes qui n'avaient aucune raison d'être entre ses mains. Le personnage se retrouva à découvert et tourné en ridicule lorsqu'on lui montra une résolution émanant de lui, du temps où il était directeur de Cortolima, qui déclarait “ la ressource hydrique épuisée ” dans le Coello.
 
J'appelle le gouvernement national à jouer franc-jeu dans le Tolima, et les habitants du Tolima à maintenir et faire valoir bien haut leur dignité. Et je demande aux organismes de contrôle de ne pas permettre que leurs fonctionnaires interviennent contre une fonctionnaire qui accomplit son devoir.

 

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