La bataille d’un couple français pour la mémoire de leur fils tué en Colombie

LIBERATION. 26-01-2011

Par MICHEL TAILLE BOGOTÁ, correspondant.

Une fois de plus, les époux Prié ont laissé leur ferme bretonne pour se rendre en Colombie. Leur fils y fut assassiné au cours de ses vacances, en mai 2002, par des paramilitaires. Depuis, ils vont en Colombie chaque année pour tenter d’obtenir justice. Simon, âgé de 21 ans, s’était fait détrousser en revenant de la côte des Caraïbes. Il a tenté de faire du stop dans le village de Ciénaga, sous le contrôle des paramilitaires. Les miliciens d’extrême droite, officiellement dédiés à la lutte contre la guérilla marxiste, ont ramassé cet étranger, habillé selon eux en hippie, et l’ont tué. La pratique avait un nom : le nettoyage social, soit l’élimination de tout ce qui pouvait ressembler à un vagabond, un voleur ou un homosexuel.

Les proches de Simon, colombien par sa mère, ont mis des semaines à retrouver son corps dans une tombe anonyme parmi d’autres disparus. Pourtant, «tout le monde dans le village savait ce qu’il s’était passé, raconte son père, Jean-François. Ils sont passés avec lui à quelques mètres de la police». Depuis, un homme a reconnu sa responsabilité : José Gregorio Mangones, surnommé «Tijeras» (Ciseaux) pour sa capacité à découper ses victimes, chef local des paras. Accusé de 1 483 homicides, il a bizarrement bénéficié après sa capture, en 2005, d’une loi magnanime, dite de justice et paix, réservée aux déserteurs et démobilisés. Il pourrait, contre ses aveux, ne purger que huit ans de prison.

Tijeras, qui s’est vanté devant les juges de son «pouvoir impressionnant», profitait de la complicité des autorités et de multinationales. «Il y a des preuves que la police commanditait le nettoyage social, accuse Leonid Avila, l’un des avocats des Prié. C’était une pratique systématique, généralisée, qui peut relever de la justice internationale.»Les parents de Simon ont déposé plainte devant un juge français et cherchent à obtenir l’extradition du tueur. Mais celui-ci pourrait plaider que son cas est déjà jugé à travers la loi de justice et paix. Ces efforts, prévient Jean-François Prié, ne sont pas seulement pour Simon : «Nous avons beaucoup d’amis colombiens disparus.» Démobilisés depuis 2006, mais souvent reconvertis en bandes mafieuses, les miliciens ont reconnu 30 000 meurtres.

Paramilitaires impunité assassinats

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×