2010 – Année de lutte... 2011 – Année de lutte...

Ancien conseiller municipal membre de l’Union patriotique (UP), gravement menacé dans le département du Meta, José Mayuza s’était installé avec sa famille dans le Valle del Cauca, dans la municipalité de La Unión. Le 31 décembre 2010 il a été assassiné devant son modeste magasin par les forces obscures de la répression oligarchique qui ne renoncent pas à parachever le génocide de l’UP.

Quand nous faisons le bilan de l’année 2010 en Colombie nous ne pouvons que constater l’accentuation des graves problèmes du pays, notamment pour la situation des droits humains. Plus de 3000 fosses communes, résultats des crimes commis ces 15 dernières années, ont été inventoriées par la justice colombienne à la suite des confessions des paramilitaires qui ont bénéficié de la loi dite de « justice et paix ». Le phénomène des faux positifs est maintenant mondialement connu comme une spécialité de l’armée colombienne. Ce sont des personnes présentées comme des guérilleros abattus au combat, mais qui sont en fait des civils assassinés, parfois hâtivement revêtus d’uniformes de guérilleros, dans le but de faire croître les résultats « positifs » de l’armée. Cette pratique macabre aurait fait 1800 victimes selon l’ONU, en fait presque 5000 selon les organisations colombiennes de défense des droits humains.

Les prisonniers politiques, personnes généralement accusées de collaboration avec la rébellion, sans preuve, sont plus de 7000. Une bonne partie de ces personnes sont innocentées au bout de quelques mois, ou quelques années, après de fastidieuses batailles juridiques. L’objectif de l’oligarchie colombienne est de confisquer ses meilleurs cadres au mouvement populaire, lequel demeure pourtant, puissant, impétueux, tenace, potentiel levier d’une proposition politique libératrice.

Lors de l’élection présidentielle de 2010, certains avaient bâti de grands espoirs sur le Pôle démocratique alternatif (PDA), mais le résultat, décevant, et les déchirements internes, déconcertants, ont rappelé comme il est difficile de pénétrer le système politique oligarchique en Colombie. Uribe a donc tranquillement cédé sa place à son ex-ministre de la Défense, Santos, lequel est soupçonné d’avoir laissé libre cours à la pratique des faux positifs, et qui derrière un discours de réconciliation nationale poursuit aujourd’hui la logique guerrière de son prédécesseur. L’émergence d’une alternative politique démocratique reste donc un défi pour 2011 et les années à venir.

Malgré les dénégations des médias dominants, le conflit armé colombien se poursuit, s’intensifie même. En 2010 l’armée a eu près de 2500 soldats morts ou blessés, chiffre supérieur à celui de 2009, et supérieur à celui de 2002, année de l’entrée en fonction d’Uribe. Notons également que ce nombre de soldats morts ou blessés au combat est plus élevé que celui du conflit afghan, dont personne ne songe à nier l’existence… Petit espoir cependant, début décembre 2010 Piedad Córdoba, de l’organisation Colombianas y Colombianos por la Paz, a une nouvelle fois accepté de jouer un rôle de médiatrice active pour coordonner la libération de cinq otages détenus par les FARC. Espérons que ces libérations se concrétisent comme prévu avant fin janvier 2011. Ces initiatives humanitaires, positives en soi, devraient de plus servir à semer les jalons d’une politique globale pour avancer vers l’issue négociée au conflit fratricide en Colombie.

La CPCP, carrefour de la solidarité avec les luttes du peuple colombien pour son auto-détermination, pour la démocratie, pour la paix avec justice sociale, maintiendra pendant l’année 2011 son activité d’information et de mobilisation.

Paris, janvier 2011

CPCP

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