14 février 2011 : Les Fleurs de la colère

Journée internationale des travailleurs-euses des fleurs - 14 février 2011 : Les Fleurs de la colère

Depuis 2002, le 14 février est consacré en Colombie comme la Journée internationale des travailleuses et travailleurs des fleurs.

En cette journée mieux connue comme la Saint-Valentin, il importe d'attirer l'attention sur l'histoire de centaines de milliers de travailleurs à travers le monde qui, oeuvrant dans des conditions difficiles et dangereuses, permettent aux exportateurs, distributeurs et fleuristes d'enregistrer leurs plus gros profits de l'année en offrant aux amoureux d'Europe et d'Amérique du Nord le plaisir de s'offrir ces fleurs.

La Colombie est le 2e exportateur mondial de fleurs après les Pays-Bas. Sa production s'envole vers 89 pays sur les 5 continents.

Le coût humain invisible

Sur ce marché, on assiste à une véritable course à la diminution des coûts de production qui passe sur le dos des travailleurs dont les conditions de travail se dégradent et dont on exige un rendement sans cesse accru. Les travailleurs et les travailleuses des cultures d’exportation réalisent des journées de travail qui peuvent aller jusqu’à 20 heures, leurs droits sont bafoués et leur santé tout comme l’environnement sont mis en sérieux danger.

Le salaire minimum (qui avoisine 170 euros par mois) et les avantages sociaux ne sont souvent pas payés correctement puisque le secteur favorise trop souvent la sous-traitance à travers des coopératives de placement : Les Coopératives de Travail Associé ou CTA. Utilisant de multiples intermédiaires, la corporation des exportateurs se déresponsabilise du traitement salarial de ses employés. Ceux-ci, ne disposant pas de contrat, peuvent être congédiés facilement, ils peinent à faire respecter leurs droits, notamment la prise en compte des sérieux problèmes de santé dus aux conditions de travail.

Les pratiques anti-syndicales mises en place, notamment la promotion de syndicats patronaux, les mesures discriminatoires ou diffamatoires contre les employés qui tentent de s'organiser, rendent très difficile l’exercice du droit d’association des employés afin de faire respecter le code du travail ou les dites certifications sociales et écologiques en vigueur dans leurs serres respectives.

De plus, dans le contexte de crise économique, des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi sans que ne leur soit versée l'assurance chômage à laquelle ils avaient cotisé. Le secteur de la floriculture a reçu des millions de dollars de la part du gouvernement colombien pour sa relance et pour sauver les emplois, mais on continue à concentrer les gains entre les mains de quelques uns et à socialiser les pertes dès que possible, en diminuant le nombre de postes, en sabrant dans les conditions de travail ou en augmentant le rythme de production des travailleurs.

Les exportateurs de fleurs, multinationales ou propriétaires indépendants, vantent leurs avantages comparatifs sur le marché : une main-d'oeuvre abondante et bon marché, peu ou pas de conditions de travail minimales à respecter, peu ou pas de règles environnementales, peu ou pas de syndicats indépendants, des ressources naturelles presque données, aucune taxe municipale et aucun impôt national à payer. C'est ce qui permet à tous les petits consommateurs de nos pays du Nord de s'exclamer de joie lorsqu'ils voient le prix de la douzaine de roses baisser de moitié. 

Impacts environnementaux  

De plus, les fleurs sont exportées par millions tous les jours en avion, le moyen de transport le plus polluant. Des études réalisées par la Société colombienne de recherche agricole démontrent par ailleurs que la quantité d'eau contenue dans la nappe phréatique de la région où sont cultivées en serre 94 % des fleurs destinées à l'exportation en Colombie, aurait diminué de 50 %.

En un an, les serres utilisent tout à fait gratuitement la quantité d'eau nécessaire à l'approvisionnement de 600 000 personnes alors que des municipalités sont aux prises avec des pénuries d'eau. Plusieurs cours d'eau et de grandes superficies de sol sont contaminés par les fertilisants, les terres deviennent infertiles, des déchets solides et toxiques sont générés, l'air respiré par les travailleurs est souvent vicié par la fumigation, l'écosystème de la région est affecté par les monocultures et des organismes génétiquement modifiés sont insérés dans les plantations.

Défendre les droits

Aucune certification sociale ou écologique ne peut garantir de bonnes conditions de travail ou le respect de l’environnement si les travailleuses et travailleurs, ne disposant pas de contrats de travail ou d’un syndicat autonome, se retrouvent muselés dans la défense de leurs droits sous peine d’être congédiés.

Les travailleurs et travailleuses colombiens insistent auprès du ministère de la Protection sociale de Colombie et des propriétaires de serres de fleurs d’exportation afin qu’ils assurent la protection des droits des travailleuses et travailleurs des fleurs :

En respectant le droit à la libre association et en cessant toutes mesures dissuasives contre l’organisation syndicale autonome et indépendante en Colombie.

En évitant la sous-traitance, en contractualisant directement avec les travailleuses et travailleurs, et en interdisant les coopératives de placement (Cooperativas de Trabajo Asociado, CTA).

En versant, en bonne et due forme, les salaires et indemnisations, même en cas de mise à pied.

Pour Margarita, travailleuse de serre en Colombie depuis 20 ans, la lutte pour les droits continue. Elle n'hésite pas à qualifier d'exploitation son travail en serre. Aux consommateurs du monde qui s'apprêtent, insouciants, à acheter une gerbe de roses, ou aux passants à qui on offrira des fleurs sur les places de Paris pour le 14 juillet, elle dit ceci: «Vous avez entre les mains la sueur de plusieurs travailleurs. Vous pouvez nous aider à conscientiser, à persuader... Pour que ne soient pas si nombreuses les violations de nos droits comme travailleurs, pour que les entreprises se responsabilisent, et les acheteurs aussi

Devant toutes les difficultés rencontrées par les travailleurs pour faire respecter leurs droits à des conditions de travail décentes et à un milieu de travail sécuritaire pour leur santé et pour l’environnement, UNTRAFLORES, un syndicat colombien indépendant, a réussi à se former mais peine à se faire reconnaître et respecter. Dans un pays où sont assassinés chaque année une centaine de syndicalistes, ce qui constitue le plus haut taux au monde, créer un syndicat autonome relève de l’exploit et les travailleurs s’associant à UNTRAFLORES doivent subir toutes sortes de mesures diffamatoires et discriminatoires (par exemple, le prix du repas à la cafétéria est plus élevé pour les membres du syndicat indépendant que pour les membres du syndicat patronal).

Un petit aperçu de la situation en Colombie et des ressources web pour en savoir davantage :

 

Site de la coordination populaire colombienne à Paris : http://colombieparis.e-monsite.com/

 

Dernier bulletin du syndicat Untraflores en Colombie (PDF espagnol)

Site web de la Corporacion Cactus - Droits des travailleurs des fleurs - Colombie (espagnol, anglais, allemand)

Site du seul syndicat indépendant de la floriculture en Colombie (espagnol)

De nombreuses interviews en espagnol sur le site de l’Union internationale des travailleurs de l’alimentaire, section régionale latinoaméricaine : http://www.rel-uita.org/sectores/flores/colombia/index.htm

COLOMBIE multinationales floriculture syndicats

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